La Prise de Parole en Public : Passage en force, Etat physique et Yannick Agnel

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En Mars 2016 se tenaient les championnats de France de natation.

En début de compétition, le nageur français Yannick Agnel annonça clairement : « Je suis fatigué, je ne ferai pas de grande performance cette fois ». Au final, il termina 3ème dans la course du 200m nage libre.

Comme dans beaucoup d’autres disciplines, sportives ou pas, si Yannick Agnel avait voulu passer en force malgré son état de fatigue et s’il s’était acharné à vouloir démontrer qu’il ferait un bon résultat, il y aurait eu de grandes chances pour qu’au final il n’eût pas fini pas sur le podium.

C’est parce qu’il a pris en compte son état du moment et qu’il l’a intégré dans sa nage qu’il a pu décrocher cette troisième place.

En théâtre, et plus généralement sur scène, c’est exactement pareil.

Combien de fois me suis-je senti déprimé, fatigué, anxieux, agité ou irritable juste avant d’entrer en scène. Chaque fois que j’ai voulu contrer cet état-là mentalement, par principe en m’imposant de me sentir bien (comme si on pouvait se forcer à se sentir bien…), le résultat fût toujours contre-productif.

Le passage en force se ressent aussi depuis le public.

Le public veut des orateurs intègres, authentiques, congruents. C’est cela qui donne confiance. C’est cela qui assure la qualité de la connexion.

Grâce au théâtre et à l’expression corporelle, et surtout grâce aux personnes qui m’ont aidé, j’ai été guidé pour traverser mon état du moment de tout mon corps. J’ai ainsi appris à m’appuyer sur mes os, mes muscles profonds, mes sensations physiques et sur ma respiration pour traverser l’état émotionnel dans lequel je me trouvais.

Les comédiens qui jouent « physique » comme on le dit dans le jargon du métier sont comme Yannick Agnel.

Ils se perçoivent eux-mêmes dans leur globalité. Avant d’entrer en scène ils sont connectés à leurs sensations et à leurs émotions. Mais peu importe. La répétition physique du texte par les muscles de la mâchoire, les déplacements sur scène à de multiples reprises avec l’ancrage du bassin, les gestes faits et refaits par les bras autour de leur axe, encore et encore, amènent les comédiens à « entrer en eux-mêmes » et à sortir de leur mental ou de leur volonté. C’est parfois en d’état d’épuisement que les comédiens vont livrer le meilleur de leur prestation car plus aucune pensée n’empêchera leur subconscient de libérer leur vérité.

Le travail régulier que je m’applique encore régulièrement procure un état de relâchement où je ne donne plus le même sens à la fatigue ou au stress qui précède l’entrée sur scène. C’est une information mais je ne lui attribue plus du tout la même importance. J’ai appris à la laisser circuler et à m’appuyer dessus pour donner une prestation cohérente.

Et aussi surprenant que cela puisse paraître, je peux arriver à donner beaucoup d’énergie sur scène malgré un état de fatigue avancé ou une impression de relâchement alors que dans le fond, je traverse peut-être une période stressante de ma vie.

Ce que je dis-là peut être appliqué à différents niveaux de nos vies.

Mais dans le cas d’un discours, d’une prise de parole en public, le fait de savoir traverser son propre état du moment aura le même résultat que pour Yannick Agnel : créer un moment de qualité qui, sans avoir à forcer, dépassera l’image que l’on se fait à priori de ce qui pourrait se passer sur scène.

Il peut y avoir des enjeux forts derrière une prise de parole en public : obtenir le financement d’un Business Angel si l’on est un startuper, réussir un discours dans le cadre d’un concours d’éloquence, vendre un nouveau produit ou une marque etc.

Face à ces enjeux, je suis convaincu qu’il faut apporter désormais un supplément de valeur ajoutée à ceux qui souhaitent améliorer leur pratique de l’art oratoire.

Apprendre à se connecter physiquement à son état du moment, à le faire circuler dans tout son corps est pour moi l’avenir de la prise de parole en public. C’est une manière de s’ancrer dans la réalité de qui nous sommes et de ce que nous ressentons dans l’instant. C’est une manière d’accepter nos faiblesses et de les transformer en une force : l’authenticité.

Yannick Agnel a été authentique. Et il a terminé 3ème.

Imaginez ce qu’il aurait réalisé s’il avait été en forme.

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