La Prise de Parole en Public : Ancrage, Centrage et Authenticité

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Quand vous commencez un billet de blog comme celui-ci qui contient les mots Ancrage, Centrage et Authenticité, et qui en plus met en scène une femme sur un parquet de bois, avec un tapis de Yoga, face à la mer dans une posture d’ouverture vers le ciel, vous prenez un risque.

Vous prenez le risque de voir rappliquer certains coachs de vie, révélateurs de conscience, messagers de la bienveillance, hypno-mentors et autres gurus obsessionnels de la méditation qui réagiront pour venir parler de leur technique miraculeuse nécessairement imbibée de bonheur, de Yin du Yang, de l’équilibre conscient-inconscient, et sûrement de l’un des quatre accords Toltèques.

Au passage, vous risquez de récupérer au moins « un expert en Neurosciences« , expression qui ne veut rien dire bien sûr puisque les seuls experts en Neurosciences sont des Neuroscientifiques, des Neurochirurgiens ou des Neuropsychiatres. Des médecins ou des chercheurs donc, avec 12 ans de formation dans le domaine au minimum.

Et pas des lecteurs assidus de Psychologies Magazine.

Pourquoi avoir pris ce titre alors ?

Parce que l’authenticité passe par une forme d’ancrage et de centrage. C’est ce que vous apprenez à accepter lorsque vous explorez le théâtre et l’expression corporelle tel que j’ai décidé de le faire. L’authenticité n’est alors plus un concept marketing. C’est une réalité brute, qu’elle soit positive ou négative. C’est ainsi que vous incarnez vos propos de tout votre ADN. Il en est de même avec la danse ou l’expression corporelle : il n’y a pas de filtre.

L’authenticité apparaît sans fard.

Affronter l’authenticité ne peut pas se faire de manière uniquement théorique ou mentale. Un comédien ne s’appuie pas que sur son texte pour exprimer la joie ou la colère, la jouissance ou le dégoût. Le corps, les muscles et les organes sont aussi sollicités.

L’authenticité c’est à 100%. Tout notre être est impliqué dans un acte d’authenticité.

Pour revenir à ce billet, je souhaite affirmer que pour ce qui est de la Prise de Parole en Public, il est courant de rencontrer de grands théoriciens d’une discipline qui est avant tout sensorielle et physique. Des gens compétents, mais dont l’action est limitée par leur connaissance théorique de la discipline.

Combien de formateurs en prise de parole en public vous expliquent comment respirer alors qu’eux-mêmes sont incapables d’utiliser correctement leur cage thoracique ?

Combien de formateurs en éloquence vous disent qu’il faut savoir se centrer alors qu’eux-mêmes sont tout le temps en mouvement ?

Combien de spécialistes de l’art oratoire préconisent de faire des pauses, alors qu’eux-mêmes exposent leurs connaissances dans un flot verbal ininterrompu ?

Faire une pause.

Faire une pause, c’est d’abord sentir physiquement tout le poids de son corps sur ses pieds.

C’est sentir littéralement la solidité de notre squelette et la force de nos muscles profonds qui soutiennent notre organisme.

Faire une pause.

Faire une pause, c’est, grâce à notre cage thoracique et à son amplitude, sentir l’espace qui est devant nous, autant que celui qui est derrière nous. C’est donc réaliser sa prise de parole comme un acte à 360°.

C’est aussi, provoquer un silence.

Et le laisser résonner.

Encore.

Encore un peu.

L’angoisse du vide provoqué, va revenir en force : la tentation de renvoyer une tempête de mots pour combler le vide sera énorme. Les pensées vont s’agiter. Le regard va fuser, à droite, à gauche, en bas. Nous allons agiter nos mains, nos doigts. Nous chercherons notre texte en regardant par terre, sauf, sauf, sauf…si l’on se réinstalle physiquement sur scène.

Par le corps et la respiration.

Pas avec nos pensées. En activant les muscles qui étirent les côtes : le serratus anterior, ainsi que certains muscles dorsaux : le dorsal latéral et le grand dentelé.

Mais comment activer des muscles lorsque l’on ne sait même pas s’y connecter ?

Avoir ancré son corps dans le sol, avoir rempli son ventre (désolé, celui-là sera évoqué dans un autre billet), sont des postures qui permettront de maintenir le regard planté dans celui des membres de l’audience sans avoir peur que l’on se moque de nous. Naturellement, nous serons physiquement connectés à notre organisme et nos sensations en éveil serviront d’interrupteur de pensées. Nous pourrons alors avancer, à visage découvert avec authenticité car nous n’aurons plus peur d’être rejeté, puisque nous serons qui nous sommes.

Prendre la parole avec son corps, c’est incarner (i.e dans la chair) son propos.

On prend la parole avec le corps. Pas avec la tête.

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