La Prise de Parole en Public : Prendre appui dans le regard de l’autre

Soutenir le regard de son interlocuteur est quelque chose qui n’est pas facile et qui est pour certains synonyme de défiance ou de provocation. Au quotidien, il n’est pas rare que lorsque quelqu’un nous regarde fixement dans la rue ou depuis sa voiture, nous détournions le regard.

Cela m’arrive aussi. C’est une manière pour moi d’éviter les conflits notamment lorsque les personnes qui me fixent sont des hommes dont je sens qu’ils vont vouloir prouver que eux, ils ne baissent pas le regard. Je n’ai pas besoin de soutenir un regard pour me donner confiance. Je les laisse penser ce qu’ils veulent et je passe mon chemin.

Ceci étant, lorsque l’on prend la parole, nous sommes dans un acte de représentation qui est bien éloigné d’un contexte quotidien. Les codes sont différents.

En prise de parole, regarder les gens dans les yeux est un acte de connexion.

Regarder les gens dans les yeux lorsque l’on s’adresse à eux est une manière de donner de l’importance aux personnes que l’on regarde. C’est une manière de montrer que l’on ne parle pas dans le vide et que le public est bien le destinataire du message transmis.

Mais ce n’est pas tout.

Regarder quelqu’un droit dans les yeux lorsque l’on présente un propos est une manière de dire que le propos que l’on tient est assumé et que l’on ne définit pas notre manière de penser en fonction de ce que l’on pourrait penser de nous.

C’est une manière de s’affirmer et de s’installer soi-même dans un climat de confiance.

Ceci étant, Il n’est pas rare que l’orateur lui-même détourne les yeux de son public afin de regarder ses mains ou bien le sol. C’est lorsqu’il cherche son texte ou souhaite remettre ses idées en place avant de passer au propos suivant. Parfois c’est un membre du public qui se sentira trop dévisagé qui cassera le contact visuel : cela témoignera de son propre inconfort à s’installer dans la relation que l’orateur aura voulu créer avec lui.

L’humour et le One Man Show m’ont beaucoup apporté à ce niveau-là. Maintenir le contact visuel en lançant une vanne rend cette dernière bien plus puissante et montre que la blague est assumée. Et une fois de plus, si c’est un membre du public qui détourne le regard, c’est son inconfort qui apparaît.

De nature plutôt angoissée, cela ne fût pas chose aisée pour moi. Mais désormais, j’arrive à reprendre mes esprits ou à retrouver mon texte en ne cassant pas le contact du regard. Je prend appui dans le regard de l’autre en inspirant, en m’ancrant dans le sol. Je sais que le texte est en moi et que les idées vont se remettre en place d’elles-mêmes.

L’ancrage physique dans le corps, dans la respiration et dans le sol me permettent de ne pas avoir peur de ces longues secondes de silence où rien ne sera exprimé verbalement.

Au pire, je dis que j’ai oublié mon texte, je plaisante avec l’audience et je repars tranquillement dans mon exposé. C’est aussi grâce au public que l’on peut mener à bien une prise de parole en public.

Les ateliers ou formations en prise de parole sont selon moi bien trop centrés sur l’orateur et pas assez sur la relation à créer avec le public. La prise de parole en public est un acte collectif où le public a aussi sa place. Il a aussi un rôle à jouer. Le public est fiable. Vous pouvez aussi vous appuyer sur lui pour traverser sereinement votre prise de parole.

Le regard est le meilleur moyen de pouvoir utiliser cette relation pour le bien de tout le monde.

Certains disent que le regard est le miroir de l’âme.

Mais l’âme de qui ?

Je pose la question car, de par mon expérience, lorsque l’on est sur scène, que l’on s’installe dans le moment, dans sa respiration, dans sa confiance et que l’on décide de s’appuyer sur le regard d’une personne du public, ce n’est pas tant dans l’âme de l’autre que l’on plonge que dans la notre.

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