La Prise de Parole en Public : Comme Martin Luther King, Ne Cherchez pas à Retenir votre Corps

J’ai eu la chance de pratiquer l’art du discours au sein de l’association Toastmasters International pendant 4 ans.

J’invite régulièrement toute personne que je rencontre à rejoindre un Club Toasmaters afin de développer aisance à l’oral et leadership. De nombreux clubs existent partout en France et dans le monde et chaque club est toujours ravi d’accueillir toute personne intéressée.

Cette expérience fût fondatrice pour moi comme pour tous les membres de ces clubs de discours. J’y ai appris énormément de choses et ce, bien au-delà de l’art du discours à proprement parler.

Que de rencontres, que d’échanges, que de partages.

Une des spécificités des clubs Toastmasters, c’est la séquence des évaluations en fin de séance.

Les discours présentés par certains membres lors de la soirée sont évalués par d’autres membres du club. Evaluer un discours est à la fois l’occasion de prendre la parole et de s’exprimer avec franchise et bienveillance. Dire ce que l’on a apprécié dans le discours et ce que l’on estime qui pourrait être amélioré, apporte affirmation de soi, franchise et sens de la mesure.

L’évaluation fait donc progresser tout le monde : celui ou celle dont le discours est évalué d’une part et l’évaluateur d’autre part.

Un des points qui fait partie de l’évaluation, c’est le non-verbal.

Est-ce que l’orateur se malaxe les mains ? Est-ce qu’il ne cesse de se déplacer ou de s’agiter ? Ses bras sont-ils positionnés devant son corps en guise de protection ? Passe-t’il trop de temps à regarder par terre pour se souvenir de son texte ? Est-il trop collé contre le mur situé derrière lui ?

Toutes ces questions permettent de faire progresser l’orateur pour qu’il améliore sa présence sur scène et qu’il soit moins victime de certains tics ou réflexes.

Ceci étant, le discours c’est comme la musique : il est bon de se poser des questions, mais à un certain moment, il faut simplement jouer.

Formulé autrement : on apprend les gammes pour mieux les oublier.

Certains guitaristes que j’admire : Edward Van Halen, Billy Gibbons ou Jimi Hendrix n’ont jamais vraiment pris de cours de guitare. Si on analysait leur jeu par rapport à la théorie, peu de choses tiennent la route. Parfois le rythme n’est pas respecté, parfois cela ne sonne pas juste et parfois les enchaînements d’accord n’entrent dans aucun manuel de musique.

Mais au final : ça pète, ça déchire.

Simplement parce que lorsqu’ils jouent, ce ne sont plus des notes qui sont exprimées mais leur âme, leur authenticité, leur vérité. Ils font un avec ce qui sort de leur instrument.

Impossible de décortiquer cela.

Pour les orateurs, il en est de même.

Voyez ce discours de Martin Luther King. Il ne s’agît pas du discours mythique où il dit « I had a dream« . Il s’agit de son dernier discours, celui où il affirme qu’il est allé au bout de son rôle et de sa mission. « I’ve been to the mountain top » déclame-t’il.

Visionnez ce discours de 2’37.

S’il n’était pas Martin Luther King, que dirait un évaluateur Toastmaster ?

Qu’aurais-je dit moi-même en tant qu’évaluateur ?

On pourrait lui reprocher un visage dur, fermé et peu de sourire.

J’aurais noté qu’il tripote un peu trop le bouton de sa veste, qu’il semble agité avec une forme de colère.

Il varie peu le ton de sa voix qui est toujours en tension, à la limite du cri.

Un autre évaluateur aurait pu dire que Martin Luther King quitte la scène en fin de discours alors que les applaudissements finaux ne sont pas terminés.

Mais honnêtement, qu’est-ce qu’on en a à faire de tout cela ?

Sérieusement ?

Quel discours !

Quelle puissance !

Quelle vérité !

Sans aucun filtre.

Il soulève la foule et envoie 100% d’ADN et d’authenticité au public

Chaque phrase est une mélodie.

Après chaque phrase, les silences résonnent.

Il quitte la scène trop rapidement dirait le plus pointilleux ? .

Bien sûr : mais c’est parce qu’il est pris par l’émotion et que son propre corps l’entraîne en arrière car il ne tient plus sous la pression. Il ne tient plus la charge.

Le discours entier est porté par sa puissance, par son énergie, sa frustration, sa tristesse, sa colère.

Regardez ses pupilles : c’est son coeur qu’il porte au bord des yeux.

Son corps tout entier véhicule son message.

Qu’il parle ou qu’il soit silencieux, il n’est plus qu’une masse d’énergie et de puissance à la fois incontrôlée et à la fois parfaitement maîtrisée qui lui permet de sortir les mots essentiels qui résument sa pensée.

Vous imaginez s’il s’était imposé de contrôler tout cela pour respecter telle ou telle règle ?

Prendre la parole en public c’est ça.

C’est ce vers quoi nous devons tendre pour nous libérer.

Au bout d’un moment c’est notre subconscient qui parle.

Notre corps s’exprime à 360° et lâche tout ce que nous contenons d’ADN.

Tout ce qui sort de nous n’est que le reflet de notre âme.

Cela n’est pas censé être parfait, juste ou en rythme.

Cela est juste censé être vrai.

Humain.

Authentique.

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