Quand l’humour redonne sens au management

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Humour et Management : La vision de Laurent Boghossian qui dévoile tous les secrets de son spectacle "Le Manager est un Humoriste comme les Autres".
Humoriste et Expert en Leadership, Laurent Boghossian vous révèle tous les secrets de son spectacle d’humour

Humour et Management font-ils bon ménage ?

Le manager est un humoriste comme les autres. C’est le titre du spectacle d’humour en entreprise que je joue en entreprise depuis 2021.

Mais comment ce spectacle est-il né ?

Son origine remonte à la période du Covid, une époque où les entreprises traversaient une crise profonde. J’ai alors ressenti le besoin d’aller à leur rencontre, d’échanger avec leurs collaborateurs et de leur poser une question simple : de quoi avez-vous besoin aujourd’hui ? Qu’est-ce qui vous manque pour continuer à avancer malgré les difficultés ?

Les réponses étaient étonnamment convergentes. Bien sûr, chacun évoquait le besoin d’espoir et d’une vision capable de redonner du sens. Mais un autre besoin revenait avec insistance : celui de prendre du recul, de retrouver de la distance… et, surtout, de retrouver le rire.

Au fil des années, le monde professionnel est devenu excessivement sérieux. C’est cette observation qui a fait naître l’idée de créer Le manager est un humoriste comme les autres.

Pour construire ce spectacle, je suis parti de deux sketchs déjà présents dans mon premier one-man-show, Soyons nous-mêmes, qui abordaient l’univers de l’entreprise. Je les ai développés, enrichis et reliés entre eux jusqu’à créer un spectacle entièrement consacré au monde du travail.

Aujourd’hui, je le joue dans des organisations extrêmement variées : entreprises industrielles, sociétés innovantes, administrations, services publics, cabinets comptables, entreprises du BTP ou encore collectivités territoriales. Cette diversité est révélatrice : les problématiques abordées dépassent largement les secteurs d’activité. Elles traversent l’ensemble du monde professionnel.

L’humour en entreprise : une prise de recul avant-tout

Ce qui me fascine le plus, cependant, ce sont les réactions des entreprises qui me sollicitent. Depuis plusieurs années, toutes me tiennent, à quelques nuances près, le même discours :

« Nous avons fait intervenir des coachs, des spécialistes de l’intelligence collective, des conférenciers, des sociologues, des philosophes, des psychologues, des chefs d’orchestre, des entraîneurs de rugby, d’anciens cadres du GIGN… Malgré tout cela, nous n’arrivons plus à sortir de nos difficultés. Alors, venez simplement nous faire rire. C’est exactement ce dont nous avons besoin. »

Comment refuser une telle invitation ? Faire rire est précisément mon métier, et c’est un immense plaisir de constater que l’humour peut devenir un véritable levier de transformation.

Au fond, cette demande révèle quelque chose de plus profond : les entreprises peinent désormais à prendre, par elles-mêmes, le recul nécessaire pour continuer à fonctionner sereinement. Elles ressentent le besoin d’un regard extérieur, celui d’un humoriste capable de remettre les choses en perspective et de redonner un peu d’oxygène à ceux qui les vivent au quotidien.

J’ai rapidement considéré cette évolution comme un signal fort. L’entreprise semble parfois s’étouffer sous le poids de ses propres processus, de sa complexité administrative, de son accélération permanente et de sa quête incessante de performance.

Ce constat résonne d’autant plus en moi que je connais intimement cet univers. Avant de devenir humoriste, j’ai été ingénieur en informatique, responsable d’équipe, manager, puis coach professionnel.

Si, en 2009, alors que j’étais encore ingénieur, quelqu’un m’avait annoncé qu’un jour les entreprises feraient appel à un humoriste pour venir tourner leurs modes de fonctionnement en dérision, j’aurais probablement répondu : « Impossible. Jamais une entreprise n’acceptera cela.»

Manager avec humour n’est pas nécessaire. Avec recul, si.

À cette époque, nous savions encore travailler sérieusement sans nous prendre excessivement au sérieux. Nous trouvions naturellement des moments de respiration. Je me souviens notamment de longues périodes de développement informatique chez France Télécom, en pleine chaleur, sans climatisation. Lorsque la tension devenait trop forte, une collègue et moi nous poursuivions parfois dans les couloirs avec une bouteille d’eau. Quinze minutes de folie suffisaient à évacuer la pression. Puis nous retournions travailler, souvent jusque tard dans la soirée.

Nous étions capables de créer nous-mêmes cette indispensable prise de recul. C’est précisément cette capacité qui semble aujourd’hui faire défaut dans de nombreuses organisations.

Pour mesurer l’ampleur de cette évolution, il suffit d’observer un lieu emblématique de la vie en entreprise : la machine à café.

Autrefois, elle était bien davantage qu’un simple distributeur de boissons. C’était un véritable espace de respiration. On s’y retrouvait pour discuter, échanger des informations, prendre le pouls de l’organisation. C’était là que circulaient les nouvelles officieuses, celles que l’on ne trouvait dans aucun compte rendu de réunion.

Surtout, c’était un formidable lieu de catharsis. On y exprimait ses frustrations, on critiquait les décisions de la hiérarchie, on imaginait des solutions à tous les problèmes de l’entreprise. Pendant quelques minutes, chacun devenait expert en organisation, stratège ou consultant improvisé. Puis, café terminé, on retournait à son poste plus léger, avec l’impression d’avoir évacué une partie de la pression.

Aujourd’hui, cette scène tend à disparaître.

La machine à café est devenue un simple lieu de passage. Les collaborateurs viennent chercher leur boisson, souvent les écouteurs déjà dans les oreilles, soucieux de préserver leur concentration, leur espace personnel ou, comme on l’entend parfois, leur « météo émotionnelle ». Quelques instants plus tard, ils repartent travailler.

Paradoxalement, ils retournent ensuite réfléchir… au collectif, mais chacun de son côté. Tout le monde souhaite un management bienveillant, authentique mais personne ne veut plus évoquer directement les vraies problèmes.

Cette contradiction résume assez bien notre époque. Nous multiplions les discours sur l’intelligence collective tout en réduisant les occasions de vivre spontanément cette intelligence dans les interactions du quotidien. Il faut bien plus que des incantations avec un titre hyper-positiviste, souvent tirées d’un powerpoint produit par un grand cabinet de conseil, pour créer une vraie cohésion d’équipe.

C’est sans doute pour cette raison que les entreprises font aujourd’hui appel à des intervenants extérieurs. Elles cherchent à recréer, de manière organisée, ce qui existait autrefois naturellement : des moments où l’on se retrouve, où l’on rit ensemble, où l’on prend du recul sur son travail et sur son organisation.

Et c’est précisément là que l’humour retrouve toute sa place en entreprise.

Un spectacle d’humour ne résout évidemment pas les problèmes structurels d’une entreprise. En revanche, il produit quelque chose d’essentiel : il rassemble. Pendant une heure ou deux, les fonctions, les niveaux hiérarchiques et les silos disparaissent. Les collaborateurs rient des mêmes situations, reconnaissent les mêmes absurdités et prennent conscience qu’ils partagent, au fond, les mêmes difficultés.

Le rire crée alors une forme de lucidité collective. Il permet de regarder autrement ce qui semblait devenu normal, de mettre des mots sur les dysfonctionnements et, surtout, de retrouver une respiration.

C’est sans doute là la véritable mission de l’humoriste en entreprise. Non pas apporter des solutions toutes faites, mais offrir un miroir. Un miroir bienveillant, parfois irrévérencieux, dans lequel chacun peut reconnaître ses habitudes, ses contradictions et les travers de son organisation.

Car le rire possède une vertu rare : il autorise ce que les discours les plus sérieux peinent parfois à accomplir. Il ouvre un espace où il devient possible de dire les choses sans agresser, de remettre en question sans culpabiliser et de réfléchir sans se sentir jugé.

Finalement, si les entreprises invitent aujourd’hui des humoristes, ce n’est pas parce qu’elles ont besoin de divertissement. C’est parce qu’elles ont besoin de retrouver une forme d’humanité.

Et si l’humour parvient à recréer, ne serait-ce qu’un instant, cette distance salutaire qui permet de respirer, de réfléchir et de travailler ensemble autrement, alors il devient bien plus qu’un simple moment de détente : il devient un véritable outil de transformation.

A retenir

  • Pourquoi l’humour est essentiel en entreprise ?

Pour garder les pieds sur terre. Faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux.

  • Le rire comme outil de management ?

Pas nécessairement. Mais du recul notamment sur soi, permet de fluidifier les échanges.

  • Comment créer de la cohésion grâce à l’humour ?

La vraie question c’est : comment créer de la cohésion ? En ayant une vision et en la partageant d’égal à égal.

  • Les managers doivent-ils faire rire leurs équipes ?

Tout le monde est ridicule un jour ou l’autre. Il faut d’abord apprendre à rire de soi.

  • L’humour au service de la performance collective ?

L’humour au service des humains. La performance n’est qu’une conséquence.

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Une affiche explicite du spectacle "Le Manager est un Humoriste comme les Autres", spectacle d'humour qui se joue en entreprise pour les collaborateurs.
Un spectacle d’humour qui parle de management et de vie d’entreprise
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